Inspirations

Francine LeFrak : Itinéraire D’Une Collectionneuse Engagée

Judith Price, présidente du National Jewelry Institute de New York, a rencontré pour AXA ART la collectionneuse Francine LeFrak.

Productrice de films et entrepreneure sociale, Francine LeFrak s’emploie à provoquer le débat et à nourrir la réflexion sur de grands problèmes de société. Ses films au contenu social, récompensés par les prix Tony, Emmy et Peabody, ont contribué à ouvrir les yeux du public sur des questions essentielles comme le SIDA, l’intolérance, les ravages de la guerre ou les injustices du système carcéral.

En 2008, Francine LeFrak a créé SAME SKY*, une ligne de joaillerie fondée sur le principe du trade not aid (« commerce équitable »), qui offre formation et emploi à des femmes survivantes du génocide rwandais, désormais touchées par le VIH. Francine LeFrak consacre aujourd’hui tous ses efforts à l’éradication de la pauvreté en participant activement au développement et à la promotion d’initiatives reposant sur le commerce équitable, qui donnent notamment du travail à des femmes issues des sociétés les plus démunies. Elle défend les produits faits à la main, authentiques, qui participent au développement économique des communautés artisanales du monde entier.

L’engagement de Francine Lefrak envers l’autonomisation des femmes a été salué à de nombreuses occasions, et lui a valu l’Ellis Island Medal of Honor, le prix Women Together remis aux Nations Unies pour ses initiatives de microfinance, et la médaille de Chevalier de la Légion d’Honneur. Elle est Professeure Emérite du Women’s Leadership Board de la Harvard Kennedy School, un organe constitué de dirigeantes influentes qui étudie les questions susceptibles de faire progresser les droits des femmes partout dans le monde. Elle a également créé la Francine A. LeFrak Foundation et la fondation The Same Sky, qui visent à promouvoir l’autonomisation des femmes.

Vous et votre mère Ethel, aujourd’hui décédée, partagiez une même passion pour les boucles d’oreilles. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi, et ce que les boucles d’oreilles ont de si particulier à vos yeux ?

Ma mère et moi partagions en effet la même passion pour les bijoux. Mon amour des bijoux provient d’une vie entière passée à admirer le style et l’élégance de ma mère : même gravement malade, elle portait encore ses magnifiques boucles d’oreilles. Et je chérirai toujours celles qu’elle m’a données. Ce qui me plait par-dessus tout, avec les bijoux, c’est qu’ils ont une signification qui va bien au-delà de la beauté. Ils ont le pouvoir de vous faire remonter le temps et de vous renvoyer à un moment fort du passé.

Votre père, aujourd’hui disparu lui aussi, vous a un jour offert une magnifique broche Art Déco. Racontez-nous pourquoi vous êtes particulièrement sensible au style Art Déco.

Je collectionne les tableaux du 19ème siècle et j’ai toujours eu un penchant pour le style préraphaélite. La délicatesse de cette broche, que je possède depuis plus de 30 ans, correspond à mes goûts. Et le fait que mon père l’ait achetée pour moi la rend encore plus chère à mes yeux.

Vous avez produit, au début de votre carrière, une pièce de théâtre dans le West End, à Londres. Parlez-nous de cette pièce et du bracelet qui y est associé.

En 1980, la première pièce que j’ai produite s’appelait « They’re Playing Our Song »X. Elle mettait en scène les acteurs Tom Conti et Gemma Craven. La pièce était l’adaptation d’un livre de Neil Simon, avec une musique de Marvin Hamlisch et Carole Bayer Sager. Elle était jouée au Shaftesbury Theatre dans le West End, à Londres. Mes parents étaient venus par avion pour assister à la première représentation. Ils étaient accompagnés d’un couple d’amis qui avait convaincu mon père de m’offrir un bracelet pour célébrer l’événement. Ce bracelet est un objet que je chérirai toujours, car la pièce eut un succès retentissant sur la scène londonienne : le bracelet symbolise un moment, un triomphe. Un triomphe que j’ai eu le bonheur de célébrer avec mes parents.

Toujours dans le domaine de la bijouterie, vous jouez un rôle très important dans SAME SKY*, initiative qui prodigue formation et soins à des femmes survivantes du génocide rwandais. Comment se fait-il que vous vous soyez impliquée personnellement dans la cause du Rwanda ? Et pouvez-vous nous en dire plus sur les bijoux SAME SKY* ?

Aujourd’hui, je consacre toute mon énergie à donner un emploi à des femmes qui sont dans le besoin. Je crois que le meilleur moyen de les aider est de leur permettre d’avoir un bon travail. Il y a des années, j’ai essayé de faire faire un film sur le génocide rwandais. Mais après la sortie d’Hôtel Rwanda, mon film n’a jamais vu le jour. J’ai néanmoins été profondément touchée par les survivantes du génocide.

Je suis intimement convaincue que le talent est partout, mais que ce sont souvent les opportunités qui manquent. J’ai donc mis sur pied une initiative commerciale, dans le domaine de la bijouterie, grâce à laquelle je paye les femmes 15 à 20 fois le salaire moyen qu’elles pourraient espérer toucher chez elles. L’intégralité des revenus générés est réinvestie dans l’entreprise pour former d’autres femmes. J’ai pu constater par moi-même les effets de SAME SKY* : un bracelet permet à la femme qui l’a fabriqué de payer ses soins de santé pour une année entière, et un collier lui permet d’envoyer un enfant à l’école pendant un an. Mes deux parents étaient des philanthropes, et j’ai appris très tôt que tout privilège s’assortit d’une grande responsabilité.

Ma mère portait toujours avec beaucoup de fierté des bijoux SAME SKY*. Elle adorait le collier Sky Bubbly** qu’elle mariait à ses bracelets Prosperity***. À ses yeux, ils étaient bien plus précieux que des diamants, car elle savait qu’ils ouvraient de nouveaux horizons à des femmes touchées par la plus grande pauvreté.

x C'est notre Chanson
** ndt : SAME SKY signifie « Mêmes Cieux, Même Ciel », en français.
*** ndt : Sky Bubbly et Prosperity signifient littéralement « Ciel pétillant » et « Prospérité », en français.

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